Chronique kaki: ph 7

Publié le par Olivier

Au pays des kakis, comme dans tous les pays, on s'amuse, on pleure, on rit, il y a des méchants et des gentils... un peu d'astuce, d'espièglerie, c'est la vie des kakis...
Ah oui je ne vous ai pas précisé, j'ai passé ma période sous les drapeaux à Mourmelon, petite bourgade de la Marne rendue tristement célèbre par l'affaire Chanal (meurtres d'appelés), qui s'est (qu'on a?) finalement suicidé suite à la réouverture de son dossier pour de nouveaux chefs d'inculpation des années après sa libération. Fin de la parenthèse.
La vie d'un kaki à barrette n'est pas de tout repos, en effet, il doit avant tout faire face à deux contraintes: gérer le budget, et gérer le temps de travail.
La partie la plus importante de la gestion du budget consiste à "boucler l'enveloppe". Le principe est simple: chaque année le budget "défense" (le plus gros avec l'éducation nationale) se voit octroyer une enveloppe à répartir selon plusieurs pôles (ce que j'ai entendu...), par exemple l'armement, le carburant, les ressources alimentaires,etc. A la fin de chaque année est recalculé le budget aloué pour l'année suivante, en fonction des dépenses réelles de l'année précédentes. En clair, s'ils ont tout dépensé ils auront au moins autant, s'ils n'ont pas tout dépensé ils auront moins. D'où des pratiques (que j'ai connu) plutôt instructives du genre l'abandon de dizaines, voires centaines de chars (qui, pour l'anecdote coûtent plusieurs millions d'euros pièce)
ayant parfois très peu servi, ou la "liquidation dans le caniveau" du carburant en surplus. Et oui l'armée tient à la stabilité de son budget car elle ne voudrait pas que le contribuable soit pris au dépourvu...
Bon après cette parenthèse un peu acide, revenons à des choses plus sympathiques  :-)
Alors, le deuxième centre de la gestion du budget, nettement plus anecdotique il faut l'avouer, concerne "l'appro".
J'étais bien embêté dans les premiers temps car, parfois, certains de mes camarades étaient appelés par des barrettes qui les envoyaient pour un genre de mission secrète, et dont ils étaient tenus au secret. Impossible donc d'en savoir davantage au début.
Puis un jour ce fut mon tour et j'appris donc par l'expérience qu'il s'agissait de l'appro...visionnement en substances liquides suscitant la gaîté. Une gestion du budget délicate car tenue au secret, dans la mesure du possible, envers les kakis qui avaient plus de barrettes jaunes.
La deuxième contrainte du kaki moyen concerne donc la gestion du temps de travail (disons plutôt du temps, voyons,...d'occupation). Un exemple valant un discours, en voici un parmi d'autres:
La matin l'habitude était à la distribution des tâches pour la journée. Un matin un monsieur à barrettes me demande d'aller inspecter le klaxon d'un camion qui, apparemment, ne fonctionnait pas. Très bien sergent (c'est comme ça qu'il s'appelait). Arrivant sur les lieux et essayant, je m'aperçus que le fameux klaxon était en parfait état de fonctionnement. Je revins donc rendre compte au sergent de ma bonne fortune. Mais il parut bien embêté de cette nouvelle, se gratta la tête et commença à balbutier "Mais tu es sûr qu'il fonctionne bien?". "Tout-à-fait sergent". (l'air encore plus embêté) "Bon mais va voir quand même". "Voir quoi sergent?". "Vérifie qu'il fonctionne bien!". Ce qui fut fait puis retour au rapport (le rapport c'est quand on vient dire à un kaki en barrettes qu'on a bien fait ce qu'on avait à faire, ou qu'on a pas fait ce qu'on avait à ne pas faire): "Klaxon en parfait état de fonctionnement sergent". Et, l'air carrément grognon "Oui bon ben je ne sais pas moi, vérifie quand même". "C'est déjà fait sergent". "Ne discute pas, prend le temps de bien voir". "Oui sergent". A ce moment-là je commençai à acquérir les rudiments de la gestion du temps de t... euh d'occupation. J'entrepris donc un démontage et un nettoyage interne du klaxon. Etant un as de mécanique en tout genre, une fois finie l'opération nettoyage et remontage, je m'aperçu, à l'essayage, que le niveau sonore du klaxon ne rentrait même plus dans un décibel taille 38: on entendait plus rien! Retour au rapport: "Sergent, cette fois le klaxon ne fonctionne plus". Presque soulagé: "Mais qu'est-ce qui s'est passé?". "Comme il fonctionnait parfaitement j'ai pris l'initiative de le nettoyer...". "Ah?...Bon, il faut que tu le répares maintenant". "Oui sergent".
J'ai passé le reste de la journée, d'abord seul, puis aidé par des camarades, sans résultats. Le lendemain, après rapport devant plusieurs messieurs en barrettes, les plus habiles en mécanique d'entre eux se sont attelés à la tâche, toute la journée, sans succès. Voyant cela ils ont préféré laisser tomber en me déchargeant, momentanément, de cette responsabilité.
Plusieurs mois plus tard, une lumière s'alluma dans un cortex kaki, et, s'adressant à moi: "au fait, le klaxon défectueux de tel camion, c'est toi qui t'en était occupé? Bon eh bien tu as intérêt à trouver une solution". J'ai du passer alors plusieurs jours sur le coup (ayant entre temps développé une connaissance plus poussée de la gestion du temps de t.), qui, à nouveau, restèrent infructueux. L'affaire s'estompa donc, mais s'il vous est donné l'occasion de passer par le détachement du 5è régiment du génie à Mourmelon et qu'un convoi de camion défile en klaxonnant, sauf un, vous saurez que cette histoire fut bien réelle  ;-)
Aller, tant que j'y suis, une plus courte: On avait des gros engins de chantier, les d9, des trucs de 100 tonnes. Un jour qu'il n'y avait rien à faire (comme souvent), le lieutenant, un kaki avec pas mal de barrettes, un peu mystique (son passe-temps favori était le démontage-remontage de grenades dans son bureau) mais fort sympathique au demeurant, un peu agacé de notre désoeuvrement, nous commanda d'aller vérifier l'état d'un de ces d9. Les plus habiles d'entre nous s'occupèrent de l'inspection, suite à quoi fut diagnostiqué un léger problème. Rapport rendu, le "lieut", qui apparemment devait aussi s'ennuyer ferme, profita de la belle journée printanière pour sortir de son bureau, par ailleurs toujours encombré de grenades. Il avait l'air de s'y connaître en d9. Il monta sur l'engin et commença à l'actionner assez brutalement. Les plus connaisseurs d'entre nous lui indiquèrent de faire attention car il risquait de péter un vérin (ou quelque chose comme ça) s'il continuait. Ce qui ne manqua pas. Et le lieut de descendre et de nous lancer "eh bien voilà, maintenant vous avez quelque chose à faire!". Puis il rentra car c'était l'heure de l'appro  :-D

Ah la la je les aimes bien mes ch'tites barrettes sans ça je ne me donnerai pas la peine de les chambrer  ;-)

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Ptitsa 02/06/2008 10:02

Tu connais la chanson de Candy ? Tu dois avoir une tite soeur, alors.
J'ai beau chercher, je ne vois vraiment pas le lien entre tes articles et la chanson de Jean. C'est à l'armée que tu voulais la dédicacer ?

Olivier 02/06/2008 23:55


Ben non, c'est juste que je regardais à peu près tous les da étant petit, et comme j'ai une assez bonne mémoire... ;-)
Et non, pas de dédicace... pourtant, que notre armée est belle, comment pourrait-on déserter, en voyant un nid de gendarmes, se pointer à l'heure du lever...