Instincts

Publié le par Olivier

Hier après-midi je suis allé chez ma mère; elle habite dans un immeuble au deuxième étage. En montant l'escalier je rencontre des voisins, ils me proposent de rentrer prendre un café. Ils ont un chien, ou plutôt une chienne. Je ne m'y connais pas vraiment en races de chien, c'est un rase-motte, un peu lourdeau, à l'air triste, avec un bon pelage roux, des grandes oreilles, timide, gourmande et flémarde. Très sympa  :-)
La pauvre mèmère, qui a sept ans, s'est faite opérer récemment: ablation de l'utérus. Dur, mais enfin elle se remet très bien apparemment. Et je la vois jouer avec une sorte de petite peluche, à l'éfigie de Babar. Je ne l'ai pas vue souvent chez eux mais quand même, c'est la première fois que la vois jouer avec un quelconque objet, que ce soit une balle, un nonos ou autres. Et la dame me dit oui c'est bizarre elle fait ça seulement depuis son opération. Et en regardant son comportement pendant cinq minutes, je m'aperçois qu'elle s'occupe du Babar, qui a à peu près la taille d'un chiot à la naissance, justement comme si c'était son bébé. Elle le prend dans sa gueule très délicatement, elle l'emmène dans un coin tranquille, elle le caresse avec sa truffe, lui fait sa toilette.
Ca m'a amusé au début, mais finalement j'ai trouvé ça triste, ça m'a fait penser à certaines femmes à la vie presque gâchée par l'impossibilité d'avoir un enfant. C'est vrai qu'en général l'instinct maternel semble plus développé que l'instinct paternel. Comme on dit, avoir un enfant, c'est vicéral pour une femme.
Cette pauvre chienne m'a parue encore plus triste que d'habitude, et même si sûrement elle ne pouvait plus avoir de chiots, c'est plus qu'une partie du corps qu'on lui a enlevé avec son utérus. Il lui reste un substitut de vie avec son subsitut de bébé. J'ai l'impression que ça m'a même plus touché que quand c'est une femme qui se retrouve dans cette situation, pour une raison ou une autre. C'est peut-être parce que les instincts, c'est vraiment ce qui fait la vie animale... Par exemple si l'on enlève l'instinct de chasseur à un chat, quelle est sa raison de vivre?
J'aime bien observer les chats, notamment quand je vais chez mes grands-parents. Ils ont une maison avec un grand jardin, comme les voisins. Les voisins ont des chats qui, naturellement, ne manquent pas de venir piétiner les légumes dans le jardin, ce qui fait enrager mon grand-père, et amuse ma grand-mère et moi! J'aime les voir déployer leur instinct de chasseur, observer intensément, avancer à pas de loups, rester longtemps tapis, bondir sur un oiseau quand il s'y attend le moins. Bon je suis pas un fan des casse-croûtes vivants, mais c'est la nature... et ça me rend nettement moins triste que de voir un chat vivre en appartement et avoir pour seule vie le canapé et le whiskas. J'ai toujours regretté de ne pas avoir d'animal quand j'étais enfant, à part des oiseaux, mais on était en appartement et mes parents me consolaient en me disant qu'un chat ou un chien risque de faire des dégâts, qu'il faut s'en occuper sérieusement, et serait privé de sa liberté.
Il y a quelques années j'habitais avec mon père, dans un appartement au rez-de-chaussé. Il y avait pas mal de chats dans le quartier. Un jour on trouve un chat dans l'appartement. Tiens qu'est-ce qu'il fait là lui? Il était entré par la fenêtre! Il avait l'air sympa, du coup caresses, manger, re-caresses, canapé, télé! Je voyais mon père enthousiaste, parler de comment on va s'en occuper, alors j'ai commencé à inverser les réacteurs, surtout que je sentais que j'allais me laisser trop attendrir. Je lui demande si c'est plus lui qui a besoin du chat ou le chat de lui. Bon on a qu'à le laisser venir s'il veut, mais pas le garder trop longtemps. Donc on a mis dehors le pauvre Ronron (c'est le nom que mon père lu avait donné  :-D) au bout de quelques heures. Il miaulait, voulait rester. Il attendait ensuite que quelqu'un ouvre la porte de l'interphone pour passer et venir gratter à la porte, mais on restait sourds, snif.
Les jours suivants pareil, soit on retrouvait le Ronron dans l'appartement, soit on l'entendait gratter à la porte ou tapper à la fenêtre. On le gardait un peu, et hop, va voir tes potes! Au bout d'un moment il commençait à s'habituer je pense, c'est même lui qui demandait à sortir, il miaulait devant la porte, on ouvrait, et hop filé. Il restait dès fois dix minutes seulement, dès fois deux ou trois jours de suite, parfois on le voyait tous les jours, parfois une semaine ou deux sans le voir, alors c'était d'autant plus sympa de se revoir; on ne l'obligeait plus à rien, il était autonome, c'était devenu notre invité surprise de choix! Malgré ça on le voyait presque tous les jours dans le quartier mener sa vie de chat!
Enfin c'était une crème de chat. Il aimait énormément se faire gratter. Au début j'abusais pour rigoler, je le grattais presque jusqu'au sang, et il ronronnait, mais pas de ces ronronnements un peu suspects qui signifient généralement "arrête ça ou je te lacère", mais de contentement. C'était comique car comme le sol était du carrelage, il fesait des grands va-et-viens pendant que je le grattais, et c'était cool car j'avais même pas besoin de bouger la main, il se plaçait tout seul en fonction de l'endroit où il voulait se faire gratter!
Un jour on a commencé à le trouver pas en forme, il n'avait plus la pêche, miaulait tristement, perdait du poil. Puis on a remarqué qu'il y avait de moins en moins de chats dans le quartier, puis Virginie (vous savez c'est la dame qui est toujours au courant de tout, il y en a une dans tous les quartiers. Celle, ou celui plutôt, du quartier à ma grand-mère elle l'appelle "la fouine", en plus c'est quelqu'un de la famille  :-D) nous dit qu'il y une épidémie qui décime les chats. Mince alors, du coup mon père emmène le Ronron illico chez le véto. Je ne me rappelle plus du nom de la maladie mais en gros c'était incurable. Au bout de quelques semaines il n'y avait plus un seul chat dans le quartier et le nôtre est le dernier à être parti. La véto nous avait proposé de lui faire une piqûre à la fin, et voilà. Plus que sa mort c'était surtout triste de le voir dépérir lentement.
Pour revenir à nos moutons, euh à notre kienne (les voisins sont originaires de là-haut ;-)), ben rien de plus en fait, simplement qu'un animal est différent d'un être humain (quel scoop! Je veux dire en fait que les instincts me semblent être le moteur de la vie d'un animal tandis que chez l'être humain ils seraient plutôt une aide, un secours, pas forcément les pièces essentielles pour nous faire rouler mais des accessoires), et aussi que le bonheur ou l'intérêt de nos chères bêbêtes n'est pas forcément toujours là où on le croit.
Une autre fois je vous raconterai une anecdote étrange avec un chat, mais vous ne me croirez peut-être pas (c'est pourtant vrai  :-)). Miaou!
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